Blue Velvet
David LYNCH
Etats Unis – 1986 – 120mm
Réalisation : David LYNCH
Scénario : David LYNCH
Photographie : Frederick ELMES
Musique : Angelo BADALAMENTI
Producteurs : F.C. CARUSO
De LAURENTIS Entertainment Group
Interprétation : Isabella ROSSELLINI – Kyle MAC LACHLAN 
Dennis HOPPER - Laura DERN – Hope LANGE – Dean STOCKWELL

 
Du décor de carte postale de la petite ville de Lumberton en Caroline du Nord :
pompiers souriants, policières serviables, maisons coquettes, pelouses impeccables, jardins fleuris et barrières blanches – 
David LYNCH nous entraîne vers le terrain vague tout proche où vit un tout autre monde !
C'est là que Jeffrey (jeune étudiant revenu en ville voir son père hospitalisé) découvre une oreille humaine en décomposition en partie dévorée par des insectes. Bon citoyen, Jeffrey apporte sa trouvaille à l'inspecteur de police Williams et fait la connaissance de sa fille, Sandy.

L'enquête pour élucider cette découverte macabre va mener les deux héros à la rencontre de Dorothy chanteuse de cabaret étrange et tourmentée. Et plus inquiétant, à découvrir Frank, un personnage dangereusement agité, pervers psychopathe qui a kidnappé le mari et le fils de Dorothy.

Velours, décor bleuté, mélodie sirupeuse sont quelques uns des éléments que  David LYNCH utilise pour déranger notre facilité à nous satisfaire des  apparences.

 Après l'échec critique et commercial de DUNE (1984) avec déjà Kyle Mac Lachlan.David LYNCH a souhaité réaliser un film plus « personnel », plus proche de son univers onirique, mystérieux voir hermétique aux yeux d'une partie du grand public.Le scénario du film a donné lieu à plusieurs réécritures entre la fin des années 70 et le début des années 80 avant de trouver sa forme définitive et surtout un producteur qui accepte enfin d'en financer sa réalisation.

« C'est un monde bien étrange » fait dire plusieurs fois David LYNCH à ses deux héros détectives Jeffreyet Sandy. De fait, dans des décors où David LYNCH (également peintre) semble rendre hommage à Edward HOPPER, surgissent tous les éléments de son cinéma :
o	la passion de la couleur (le décor de la petite ville, l'appartement de Dorothy, l'ambiance du cabaret, les vêtements des personnages) les oppositions de caractères (la passivité de Dorothy, la folie de Frank, le 
o	rêve de Sandy) la recherche de la vraie nature des êtres et des choses qui les entourent au-delà de leur simple apparence.
Comme Jeffrey, de détective improvisé, le spectateur devient voyeur et la confrontation avec Frank qui refuse le regard sur sa sexualité dévoyée glisse vers une folie forcément meurtrière.

La tonalité de la chanson qui donne son titre au film renforce l'ambiance trouble de cette ville où règnent en sous-sol la violence, le sexe et la drogue.
On peut penser que Frank éliminé, Jeffrey en a fini avec ses cauchemars révélant pour lui aussi une sexualité troublante mais le rouge-gorge, symbole de la vie harmonieuse rêvée par Sandy n'est qu'un automate et la représentation artificielle de l'amour sublimé.
Les images finales qui font écho à la représentation idyllique du début du film ne peuvent plus nous laisser croire à une Amérique profonde fantasmée.

Mireille Aldié

Blue Velvet
Jeudi 3 novembre