Programme 2026-27

DateFilmRéalisateur
Jeudi 29 octobre 2026LA SOUPE AU CANARDLeo McCarey
Jeudi 19 novembre 2026LE PROCÈSOrson Welles
Jeudi 26 novembre 2026ANNA ET LES LOUPSCarlos Saura
Jeudi 03 décembre 2026À NOUS LA LIBERTÉRené Clair
Jeudi 10 décembre 2026L’HOMME À LA CAMÉRADziga Vertov
Jeudi 17 décembre 2026E.T. – L’EXTRA-TERRESTRESteven Spielberg
Jeudi 07 janvier 2027PLAYTIMEJacques Tati
Jeudi 14 janvier 2027EXCALIBURJohn Boorman
Jeudi 04 février 2027LE NARCISSE NOIRMichael Powell et Emeric Pressburger
Jeudi 11 février 2027PUNISHMENT PARKPeter Watkins
Jeudi 25 février 2027BRAZILTerry Gilliam
Jeudi 04 mars 2027VOUS NE L’EMPORTEREZ PAS AVEC VOUSFrank Capra
Jeudi 11 mars 2027LE SALON DE MUSIQUESatyajit Ray
Jeudi 18 mars 2027PASSEPORT POUR PIMLICOHenry Cornelius
Jeudi 25 mars 2027LE CHEMIN DE L’ESPÉRANCEPietro Germi
Jeudi 01 avril 2027ZAZIE DANS LE MÉTROLouis Malle
Voyages en utopie 

« Utopie », ce mot forgé en 1516 par l’humaniste anglais Thomas More à partir des mots grecs « ou » (non), et « topos » (lieu), se traduit littéralement par « non-lieu » ou « lieu qui n’existe pas ». Dans l’apologue éponyme, « Utopie » est une île imaginaire, site d’une république idéale conçue par More en contraste avec la réalité politique violente et chaotique de son époque. Dès son origine donc, l’idée d’utopie oscille entre l’incarnation d’un idéal politique à construire et un espace imaginaire dont le mode d’existence ne peut être que la fiction. De là vient, dans des films comme Les Chemins de lEspérance ou Excalibur, l’étroite association de l’utopie avec des motifs comme le voyage ou la quête qui la mettent à distance et la désignent comme une aspiration plutôt que comme un fait acquis, ainsi qu’avec le rêve qui en rappelle l’irréalité. 

Rêve d’un monde meilleur, l’utopie, souvent assimilée à l’idéal, n’en est pas moins ambivalente. Déjà chez Thomas More, la perfection de l’ordre social utopique a des allures de société totalitaire dystopique et il en faut peu pour que le rêve, comme dans Brazil de Terry Gilliam, se transforme en cauchemar. Plus que son opposé, la dystopie est une variation de l’utopie. Appel à transformer le monde ou mise en garde contre des dérives politiques ou technologiques, l’utopie n’en reste pas moins une région de l’imaginaire, une puissance créative dont l’art n’a jamais cessé de se nourrir.

En tant que système de projection, le cinéma rend présent sur la surface de l’écran un espace-temps qui n’est pas le nôtre. Il est, à ce titre, une merveilleuse machine capable de susciter des espaces imaginaires, utopiques ou dystopiques abstraits de la réalité concrète : de l’Inde idéalisée en studio du Narcisse Noir, aux espaces oniriques et labyrinthiques du Procès de Welles créés dans l’ancienne gare d’Orsay.

L’élan utopique, tant dans son versant idéaliste que cauchemardesque, a travaillé le cinéma dès ses origines. Cette technologie issue de la modernité a pu être vue à la fois comme la prophétie hallucinée d’un nouvel art et d’une nouvelle société dont Dziga Vertov dans LHomme à la caméra s’est fait le héraut, et aussi comme l’accomplissement des utopies artistiques des siècles précédents, du miracle de la saisie et restitution du mouvement au mythe romantique de l’œuvre d’art totale.

Hadrien Fontanaud

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